Quelles sont les dynamiques propices à l’emprise : la rencontre de deux Personnalités opposées ?

conversation intense sous lumière naturelle

Entre forces et faiblesses de la victime, comment le pervers narcissique parvient’il à installer son emprise ? Il y a t’il des dynamiques chez la victime propices à l’emprise ? Quel est le fonctionnement de cette dynamique ?

Il me semble très important d’insister sur le fait que la prise de conscience par la victime qui évolue dans une relation toxique est certes une étape difficile à franchir mais c’est l’étape qui va lui permettre d’entrer sur le chemin de la guérison.
Il ne s’agira plus de se positionner du côté du pervers narcissique mais de comprendre comment la victime s’est retrouvée dans ce type de relation, quelles ont été ses fragilités prédisposantes, comment éviter la reproduction de ce schéma, et quels sont les outils dont elle peut disposer pour se réconcilier avec elle-même et son corps.
Vivre sous l’emprise d’un pervers narcissique représente un traumatisme psychologique et physique, il est pertinent d’avoir une approche pluridisciplinaire pour une reconstruction complète de sa personne.
La psychologie moderne insiste sur l’idée qu’il n’existe aucune cause unique, mais plutôt une interaction de facteurs (Judith Herman, Boris Cyrulnik, Bowlby).


1 – Comprendre les fragilités provenant de l’enfance qui ont conduit à accepter la toxicité de la relation

Même si la victime présente des fragilités prédisposantes à aller vers une relation toxique, il est injuste de l’enfermer uniquement dans ces attributs. Si elle attire un profil pervers narcissique c’est aussi parce qu’elle va lui permettre de se nourrir de ses aspects positifs, qui vont l’attirer. Les victimes sont souvent des personnes qui dégagent une certaine lumière, n’empêchant en rien les blessures que la construction dans l’enfance peut faire naître. Il faut un ‘combo’ d’éléments qui vont faire qu’elle va se laisser prendre et enfermer dans l’emprise du pervers narcissique.

L’enfance, terrain de notre construction, est fertile au développement de schémas, de repères qui vont nous poursuivre très longtemps. J’insiste sur le fait qu’ici, il ne s’agit pas de la culture patriarcale pesant à l’âge adulte qui aurait pu être inculquée à la victime. Il s’agit plutôt de failles d’ordre psychologiques qui se traduisent par un manque de barrières affectives et d’estime de soi qui vont permettre au pervers narcissique d’imposer son jeu de pouvoir et de domination, très souvent de façon subtile et pernicieuse.

Comme l’a montré Boris Cyrulnik, le trauma précoce modifie durablement la manière de se relier aux autres, en particulier sur le plan affectif et relationnel.



1-Un attachement insécurisant : anxieux, ambivalent ou désorganisé

Un attachement insécurisant se forme lorsque l’enfant ne peut pas prédire la disponibilité émotionnelle de ses figures d’attachement, soit parce qu’il est défaillant, désorganisé, ambivalent…
Quand ces figures sont incohérentes, absentes, intrusives ou instables, l’enfant développe : une peur de l’abandon, un besoin excessif d’être rassuré, ou la tendance à accepter beaucoup pour conserver un lien.
Ces mécanismes persistants rendent l’adulte plus vulnérable aux partenaires manipulateurs, qui savent jouer sur l’alternance proximité / retrait, mimant des schémas familiaux anciens qui viennent rassurer la victime. Elle est en terrain connu.

Ces mécanismes ont été largement décrits par John Bowlby, fondateur de la théorie de l’attachement, qui montre comment l’insécurité affective précoce peut orienter les choix relationnels à l’âge adulte.

2- Une estime de soi fragile et une confiance en soi limitée

Une personne ayant une estime de soi fragile doute souvent de sa valeur, oscille entre confiance et dévalorisation, et cherche son affirmation dans le regard des autres. Cela crée un terrain propice au cycle idéalisation/dévalorisation pratiqué par le PN.
L’absence de confiance dans son jugement peux aussi induire la victime à douter de son ressenti, et ne pas faire suffisamment confiance à son jugement, son ressenti et ses intuitions. Elle sera d’autant plus influençable par le manipulateur qui saura la faire douter d’elle.

3. La culpabilité intériorisée

Selon Martin Seligman et sa théorie de l’impuissance apprise, les enfants qui ont grandi dans des environnements où ils se sentaient responsables des émotions des adultes, développent une tendance à :se sentir coupables facilement, porter le poids des conflits, croire qu’ils peuvent “réparer” l’autre.
Le PN utilise cette faille pour maintenir la victime dans un état de soumission émotionnelle.

De nombreux cliniciens, dont Marie-France Hirigoyen, montrent que la culpabilisation constitue l’un des outils principaux du pervers narcissique pour maintenir la dépendance émotionnelle.

4. Des modèles familiaux marqués par l’instabilité ou la domination

Lorsque l’enfant grandit dans un environnement instable où il y a de la violence verbale, émotionnelle, ou un parent narcissique, parent anxieux, parent envahissant il intériorise un modèle relationnel basé sur la tension.
À l’âge adulte, il peut confondre instabilité et intensité affective, ce qu’exploite le pervers narcissique.


2-La personnalité de la victime : lorsque ses forces et faiblesses, se retournent contre elle

Les victimes des PN doivent être souvent psychologiquement fortes, mais leurs forces sont manipulées jusqu’à devenir des faiblesses dans un contexte toxique. Cependant, à, côtés de ses forces qui permettent à l’emprise de s’enraciner, cohabitent aussi des faiblesses qui permettent au pervers narcissique d’installer une relation d’emprise. C’est cela que je vais maintenant m’attacher d’expliquer.

Dans cette logique, Lundy Bancroft rappelle que l’emprise ne se constitue pas en un seul événement, mais par une accumulation de micro-violences et de micro-transactions affectives qui modifient progressivement la perception de la victime.

1. Une empathie accentuée

L’empathie permet de comprendre et ressentir l’autre. C’est une force.
Mais lorsqu’elle n’est pas accompagnée de limites, elle pousse à excuser, comprendre, pardonner… même l’impardonnable.
Le manipulateur joue sur la compassion de la victime. La question que l’on peut se poser c’est pourquoi la victime donne autant son empathie ? Ne cherche t’elle pas un combler un manque ou une blessure d’enfance ?

Pour Ross Rosenberg, ce sont précisément ces qualités relationnelles — empathie, patience, loyauté — qui forment le “terrain d’attraction” du pervers narcissique dans le cadre de la dépendance affective.

2- Hypersensibilité, loyauté, patience et capacité à aimer profondément

Les personnes loyales voient souvent le meilleur en l’autre, s’investissent durablement et ne renoncent pas facilement. Dans une relation saine, c’est très positif, mais dans une relation toxique, c’est un piège. La victime reste, endure, espère, malgré l’évidence. Elle cherche à comprendre son partenaire, elle s’explique et excuse ses attitudes. Il le sent et profite de cette gentillesse sans doute trop généreuse, mais pas assez respectueuse de la victime.

Jean-Charles Bouchoux décrit ce phénomène comme un cycle d’alternance entre séduction et dévalorisation, qui crée un conditionnement émotionnel difficile à rompre.

C’est ce même cycle que Lundy Bancroft rapproche d’une dynamique d’emprise où la domination s’exerce sans contrainte physique, mais avec une efficacité psychique redoutable.

3-Difficulté à poser des limites

Certaines personnes, par éducation ou personnalité, ont du mal à dire non, fixer un cadre, refuser l’inacceptable. Elle vont préférer l’harmonie et le compromis. Cependant dans une relation toxique, cela laisse un espace immense pour l’invasion psychologique et les abus.

4-Manque de confiance en soi

C’est sans doute une des fragilités majeures à l’installation de l’emprise. Je pense que la victime ressent beaucoup de choses, voit que certaines attitudes du pervers narcissique sont abusives mais son manque de confiance en son jugement, son intuition va la conduire à douter de ces perceptions. Le pervers narcissique va très vite en jouer et ne va pas avoir de mal à la faire douter de ce qu’elle perçois. Une personne plus en confiance avec elle-même refuserait sans doute très rapidement ces attitudes et partirait. Alors l’emprise n’aurait pas lieu.

Cela sera un des axes de travail chez la victime lors de sa reconstruction pour éviter que le schéma se répète.


3-Est-ce que le pervers narcissique est doté de ‘super-pouvoirs’ ?

Devant ces constats d’une victime avec malgré tout certaines forces, on ne peut que se demander comment naissent ces ‘supers pouvoirs’ chez le pervers narcissique. Comment réussit-il si agilement et efficacement à mettre en œuvre leurs stratégies de manipulation, de domination, de contrôle etc. ?

Le psychiatre Otto Kernberg a montré que le narcissisme pathologique repose sur une dissociation émotionnelle et un faux self destiné à éviter l’effondrement intérieur.

1. Le PN n’a pas un don… il a un radar émotionnel inversé

Contrairement à l’empathie classique, la capacité à ressentir les émotions d’autrui, le pervers narcissique possède ce que plusieurs auteurs décrivent comme une :empathie cognitive sans empathie affective.
C’est-à-dire qu’il comprend les émotions, il lit les faiblesses, il repère les besoins, mais il ne ressent rien. Cette dissociation est essentielle puisqu’elle lui permet de lire l’autre sans être affecté par ce qu’il perçoit.

Dans cette perspective, Paul-Claude Racamier considère la perversion narcissique non comme un trait de caractère, mais comme une stratégie relationnelle destinée à contrôler et dominer l’autre.

Cette intelligence d’emprise n’est pas de l’empathie mais, comme le souligne Ross Rosenberg, une lecture stratégique des vulnérabilités de l’autre.

2. Ce “talent” vient de son enfance et de sa construction psychique

Le pervers narcissique n’est pas né pervers narcissique il s’est construit ainsi.

La psychologie contemporaine montre que l’enfant narcissique a grandi dans un environnement où : son authenticité n’était pas accueillie, ses émotions étaient piétinées ou ignorées. Alors il ne pouvait exister qu’en jouant un rôle, ses besoins n’avaient pas d’importance, la vulnérabilité était interdite. Pour survivre psychiquement, il a dû : se couper de ses émotions profondes, apprendre à observer les adultes pour anticiper leurs réactions, construire un faux-self pour être valorisé. Ce mécanisme de survie devient plus tard un mécanisme de domination.

3. Comment le PN repère les failles ?

Il n’analyse pas comme un psychologue, il teste, observe, évalue.Il utilise un processus extrêmement rapide et souvent inconscient. Voici quelques exemples de sa façon d’agir :
① Il flatte en observe ce que cela provoque. Si tu rayonnes à son compliment : il sait que tu cherches de la validation
② Il évoque subtilement une absence → scrute ta réaction. Si tu t’inquiètes : il note ta peur de l’abandon.
③ Il te confie une fausse vulnérabilité et observe si tu compatis. Si tu deviens son infirmière émotionnelle : il sait que tu es empathique et prête à l’aider.
En quelques jours, parfois quelques heures, il te “cartographie”. Ce n’est pas une intelligence émotionnelle élevée c’est une intelligence de prédation.


4. Le PN semble “artiste” parce qu’il excelle dans une chose : l’illusion

Il est un artiste de l’apparence, de la mise en scène, du masque social.

Le PN maîtrise : l’art de dire ce que l’autre veut entendre, l’art de faire ressentir l’exclusivité, l’art de mentir sans émotion et culpabilité, l’art d’imiter l’empathie, l’art de séduire rapidement, l’art de faire croire qu’il a compris ton âme. Ce n’est pas de la création comme tout artiste, c’est uniquement du mime. C’est en cela que tu peux devenir un réservoir de qualités et d’attributs qu’il scrutera pour te les voler et surtout les utiliser contre toi dès que cela lui sera opportun.
Comme le dit Paul-Claude Racamier, le PN n’est pas dans la créativité vivante ; il est dans la perversion du lien, dans la mise en scène de lui-même.
Il joue un rôle, parfaitement huilé, qu’il a appris dès l’enfance.
Une grande partie de ses mécanismes est devenue automatique, intuitive, intégrée depuis l’enfance.
C’est un apprentissage d’adaptation mis en place pour ne jamais ressentir sa propre vulnérabilité et cela par nécessité psychique.
C’est un mécanisme de survie, voilà pourquoi il ne peut pas changer. C’est intrinsèque à sa personne. Il a besoin de manipuler, dominer, mentir pour exister. Il s’invente un rôle.

Dès qu’il aura compris que tu ne veux/peux plus lui apporter cette nourriture narcissique il cherchera une autre victime. Il n’en aura pas le choix. Il ne laisse pas le choix non plus à ses victimes qu’il exploite parfois jusqu’à l’épuisement.

La violence psychologique est aujourd’hui reconnue institutionnellement comme une forme de violence conjugale, comme le rappelle la plateforme officielle Arrêtons les violences.



Vous voulez aller plus loin :

Faites le test pour évaluer votre situation :
https://areboursdelemprise.blog/suis-je-sous-emprise-narcissique/

Consultez le guide qui explique les différentes phases de l’emprise et les stratégies de manipulation :
Comprendre l’emprise narcissique : parcours pour s’y retrouver


Comprendre ce que l’on vit est souvent le premier pas pour sortir de l’emprise

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